Critique et analyse cinématographique

Critique de la critique : Le Masque et la plume

Ecoutée en podcast, cette émission du 5 mai 2013 me semble assez emblématique pour parler de ce programme et de ce qu’il est devenu depuis quelques mois. A partir de quelques exemples de films critiqués et de l’attitude des journalistes présents autour de la table, attardons-nous quelques instants sur ce salon bourgeois autoproclamé tribunal critique.

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Dans cette émission sont critiqués, entre autres : L’Ecume des jours de Michel Gondry, Mud de Jeff Nichols, Paradis : Foi et Paradis : Espoir d’Ulrich Seidl et Hannah Arendt de Margarethe von Trotta. Dans son introduction, le présentateur Jérôme Garcin s’étonne que Le Temps de l’aventure, encensé – par lui notamment – lors de l’émission précédente, ne recueille pas les suffrages du public. Ce qui donne lieu à une séance typique de mépris intellectuel envers ces gens du peuple qui n’ont pas compris toute la subtilité et la légèreté si « poétique » du film de Jérôme Bonnell. On aura droit aussi à un courrier gratiné remettant en cause le cinéma de Tarantino sur base uniquement des trop nombreuses morts violentes y figurant, et à l’embrayage minaudant de deux critiques décernant à Tarantino la palme du réalisateur le plus surfait. Tarantino est donc surfait et Bonnell est un génie…. On croit rêver !

Suivent donc les films du jour, avec pour démarrer, le film de Gondry, dont on a déjà compris par le ton moqueur de Garcin, qu’il sera fait peu de cas. A ce propos, la manière de procéder de ce présentateur qui fut jadis plus ou moins impartiale, a changé depuis un peu plus d’un an. En effet, celui-ci se permet maintenant de donner son avis personnel dans l’introduction qu’il fait à chaque débat, mettant ainsi le film critiqué en bonne ou en mauvaise posture. Et comme Garcin est tout sauf un critique de cinéma, cela donne souvent des saillies digne du café du commerce, du style « je me suis ennuyé » ou « c’est un petit bijou ». L’Ecume des jours est donc jeté dans l’arène avec un air condescendant et rattrapé au vol par le malheureux Alain Riou, vieux critique du Nouvel Observateur, qui tente tant bien que mal de le défendre avant que ses collègues ne l’étrille. Comme le même Riou avait dit quelques secondes plus tôt qu’il détestait Tarantino, il est de toute façon décrédibilisé et rien de ce qu’il pourra dire ne sera pris au sérieux. L’inénarrable Xavier Leherpeur – de Studio Ciné Live et de Canal Plus – peut donc commencer son numéro pathétique et descendre le film à grand coup de formules toutes faites. Même Jean-Marc Lalanne, rédacteur aux Inrocks et ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, hurle avec les loups et achève de faire d’une œuvre audacieuse et originale le « navet de la semaine ». Seule une personne du public s’élèvera devant cette aberration et rendra au film un peu de dignité.

Quand on sait que plus tard dans l’émission, Garcin et ses acolytes défendront un film aussi honteusement classique et bavard qu’Hannah Arendt, on comprend mieux que les expérimentations de Gondry ne veuillent rien dire pour eux. Dans cette émission, la prime est donnée à la mollesse et à la médiocrité, et un film qui essaye de hisser le cinéma populaire vers quelque chose de totalement inédit est forcément une atrocité. Qu’importe donc qu’ils condamnent à juste titre l’infâme Ulrich Seidl – à l’exception de Leherpeur, pour qui Seidl est un grand cinéaste (!) –, le mal est fait. Dans une émission où un téléfilm allemand à l’ascendant sur Gondry et où, quelques semaines auparavant, un critique bouffi d’orgueil riait à gorge déployée parce qu’un auditeur avait osé défendre l’excellent Springbreakers, dans cette même émission où l’on descend le Lincoln de Spielberg mais où l’infâme Quelques heures de printemps est élu meilleur film de l’année, les intervenants devraient peut-être arrêter de s’autoproclamer critiques de cinéma. Ils ne sont tout au plus que des donneurs d’avis, des « appréciateurs » qui ont finalement autant de crédit que n’importe quel spectateur lambda. Le cinéma n’est peut-être pas encore mort, mais la critique semble l’être.

Thibaut Grégoire

Le masque et la plume est diffusé le dimanche de 20h à 21h, sur France Inter

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