Critique et analyse cinématographique

« 11.6 » de Philippe Godeau : L’alibi du réel

Basé sur l’histoire vraie de Toni Musulin, un convoyeur de fond qui détourna plus de 11 millions de son propre fourgon en 2009, 11.6 est un de ces films se voulant une radiographie d’un fait divers, passée sous le rouleau-compresseur de la fiction.

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Dans la lignée de films tels que Possessions d’Eric Guirado et A perdre la raison de Joachim Lafosse, 11.6 tend à relater sans juger un fait divers relativement récent. Comme ses prédécesseurs, le film de Philippe Godeau ne fait pas exception à la règle et échoue dans son programme, à plusieurs niveaux. Il est en effet difficile de faire passer une histoire vraie par le prisme de la fiction sans la romancer au passage, ou sans la rendre plus « cinématographique ». C’est cette conception classique de ce qui fait un bon film qui est ici particulièrement handicapante, comme si la réalité ne se suffisait pas à elle-même, et que l’on devait la modifier afin de la rendre filmable.

Le procédé est donc ici de prendre une « bonne histoire », de la digérer et de la retravailler pour donner un scénario prétendument solide. En ajoutant ça et la un second rôle truculent, en pimentant la réalité d’anecdotes qui feraient « plus vraies », l’histoire de départ deviendrait un film de cinéma. Il y a dans cette démarche une réelle contradiction, puisque l’auteur veut à la fois faire un film qui lui soit propre et rester le plus proche possible des faits et des hommes. Au final, une telle entreprise ne peut que produire des œuvres sans relief, engoncées dans leur fausse neutralité et plombées par un psychologisme simpliste et déterministe.

A ce titre, l’aspect social effleuré par le film de Philippe Godeau est un bon exemple de son incapacité à s’en tenir aux faits. Si les conditions difficiles du travail des convoyeurs et leur statut social sont une réalité, celle-ci est utilisée comme un ressort scénaristique pour créer une montée en puissance, et devenir en bout de course la cause presque exclusive du hold-up, devenu donc une conséquence et non plus un fait isolé.

Après toutes ces « transformations » subtiles des faits, le film n’est plus qu’un thriller de série, dénué de toute la réalité qu’il revendique pourtant. Enfin, comme pour achever sa mutation, 11.6 est parcouru de « performances » d’acteurs, d’un François Cluzet quasi-parodique dans une composition unilatérale d’un homme du peuple dur et taiseux, aux apparitions de Bouli Lanners et de Corinne Masiero dans des emplois qu’ils ont l’habitude d’endosser. Le spectacle aura définitivement réduit le réel en bouillie.

Thibaut Grégoire

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