Critique et analyse cinématographique

« La Religieuse » de Guillaume Nicloux : Cinéma de la douleur

En adaptant le roman de Diderot, et en s’intéressant ainsi au monde clos des couvents, Guillaume Nicloux tend à déstabiliser en s’éloignant des milieux louches de gangsters à la petite semaine et de détectives désabusés auxquelles il nous avait habitué. Mais c’est bien sa fascination pour le glauque et le crasseux qui finit par primer dans ce film-punition, dont l’apparente radicalité masque en fait un classicisme froid et un dolorisme des plus abjects.

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Nicloux divise son film en trois parties. La première – elle-même scindée en deux – décrit dans un premier temps la situation de Suzanne, bâtarde qu’une famille dans les dettes oblige à prendre le voile, avant de la plonger dans un couvent dirigé par une mère supérieure compatissante, qui l’aide à surmonter cette épreuve. La deuxième partie voit arriver une nouvelle mère supérieure, adepte d’une méthode dure, et la troisième emmène Suzanne dans un autre couvent, où la mère la poursuit de ses assiduités.

Le film se présente donc comme un grand chemin de croix, une vie de martyre que le très croyant Guillaume Nicloux assène à son spectateur comme si celui-ci pouvait y trouver matière à méditation. Cette conception très mystique que la souffrance de quelqu’un pourrait donner de l’inspiration à d’autres est très symptomatique de ce type de cinéma, un cinéma qui se dissocie complètement du plaisir de regarder et qui, au contraire, préconise le malaise et l’électrochoc.

On ne peut même pas dire que Nicloux se pose en donneur de leçons, puisqu’il n’y en a aucune à tirer de cette épreuve. C’est bel et bien une épreuve qui est soumise au spectateur, celle de surmonter le spectacle de l’humiliation et de la bêtise humaine. Si la partie la plus pénible – et la plus représentative d’un faux cinéma d’auteur qui confond rigueur et rigorisme – est la seconde, la troisième, avec une Isabelle Huppert déchaînée en sœur saphique, déclenche des rires involontaires, sans doute nerveux, et désamorce l’effet voulu par Nicloux en révélant toute la vacuité de l’entreprise.

Thibaut Grégoire

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