Critique et analyse cinématographique

« La Cinquième saison » de Peter Brosens et Jessica Woodworth

Surfant sur la vague inaugurée en 2011 par des films comme Melancholia ou Take Shelter, La Cinquième saison s’inscrit pleinement dans un climat d’apocalypse. Sélectionné à la dernière Mostra de Venise, le film semble étouffer sous sa propre beauté autoproclamée.

Dans un village vivant exclusivement de ses récoltes et de son agriculture, le printemps n’arrive plus. La terre reste infertile et les animaux inactifs, laissant les villageois sans revenus et sans espoir d’avenir. Livrés à eux-mêmes et aveuglés par ce qui leur arrive, ils se mettent en tête que les responsables de tous leurs maux sont un apiculteur itinérant et son fils handicapé.

En privilégiant les plans fixes et en réduisant au minimum les dialogues, Brosens et Woodworth tendent à créer une œuvre dépouillée et universelle, qui se voudrait à la fois une allégorie écologique et politique, un conte surnaturel et une chronique de la noirceur de l’âme humaine. Ici, chaque plan crie sa splendeur esthétique, les « tableaux filmiques » qui se succèdent sont autant de tentatives de se hisser au rang d’œuvre d’art. C’est sans doute ce que veulent faire les deux cinéastes : un film d’art. C’est bien là leur problème. Le cinéma est un art et n’a pas besoin d’être investit par un autre. Le fait qu’un film soit aussi profondément marqué de l’empreinte de la peinture n’est que la preuve du peu de foi que place son auteur dans le cinéma en tant que medium.

Mais au-delà son attrait déplacé pour l’esthétisation à outrance, La Cinquième saison se noie dans un sadomasochisme primaire en faisant des villageois des bourreaux masqués et de l’apiculteur rêveur ainsi que de ses alliés des martyrs de fortune. Sous couvert d’expressionnisme flamand, le film sombre même dans le « torture-porn » de luxe lors de sa dernière partie, summum de misérabilisme chic. N’est pas Pasolini qui veut.

Thibaut Grégoire

 

La Cinquième saison (Het vijfde seizoen)

Réalisé par Peter Brosens et Jessica Woodworth

Avec Aurélia Poirier, Django Schrevens, Sam Louwyck, Gill Vancompernolle

 

(La Cinquième saison est présenté, en compétition, au Festival de Gand les 15 et 17 octobre)

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