Critique et analyse cinématographique

« Au nom du fils » de Vincent Lannoo

Après Little Glory, son faux film américain aux accents de Sundance, Vincent Lannoo revient à ses fondamentaux avec cette satire féroce de l’Eglise et de ses dérives. Avec un humour noir parfois pertinent, souvent douteux, il fonce dans le tas avec une réelle subversion mais s’égare en chemin, ne sachant pas trop sur quel pied danser.

A la vision de ce film bizarre, on ne sait pas trop ce qu’il faut en penser. Au nom du fils est-il un affreux film poujadiste, qui  prétendrait dire avec fracas ce que tout le monde pense tout bas ? Ou bien n’est-il qu’une farce, un méfait d’empêcheur de tourner en rond qui s’amuserait sous cape des débats et autres réactions ineptes que son film pourrait provoquer ? Le film oscille sans cesse entre ces deux extrêmes, en ne perdant pourtant jamais de vue son intention première : choquer le bourgeois. C’est bien là son principal problème, tant la cible que vise la satire ressemble de plus en plus à une ambulance.

Tout commence comme une version moderne du Tartuffe, avec l’introduction d’un vicaire mielleux dans une famille de dévots tout ce qu’il y a de plus caricaturale. Chez ces gens-là, on répand à tout va la bonne parole de l’Evangile, et dans les heures de temps libres, on sort son calibre. Pendant que Madame sermonne et confesse sur une radio chrétienne, Monsieur et Fiston s’en vont en camp d’entraînement pour bouter l’infidèle hors du territoire catholique. Mais quand Papa se tire bêtement une balle dans la tête, en essayant de débloquer son arme, le fils se rapproche dangereusement du bon vicaire, presque sous les yeux de sa mère aveuglée par la bigoterie. Lorsque la vérité éclate enfin en pleine face de la mère, non sans avoir fait beaucoup de dégâts, celle-ci se lance dans une croisade sans merci contre l’Eglise, ses secrets et son hypocrisie, et n’hésite pas à faire couler le sang derrière elle.

Il est difficile de rendre compte ici du ton du film, extrêmement noir, cru, mais aussi constamment dans l’ironie, voire dans le mauvais goût. Ce qui est sûr, c’est que le film est très dérangeant et que si là est son but, celui-ci est atteint. On peut parfois reprocher à des comédies dites féroces, de ne faire qu’égratigner gentiment leur cible. Cette critique n’est certes pas imputable à Au nom du fils, tant le film est jusqu’au-boutiste dans la véhémence de son propos. Le politiquement correct n’y a absolument pas sa place. Ce que l’on peut en revanche regretter, c’est que s’attaquer à l’Eglise catholique aujourd’hui, et surtout sur un sujet tel que la pédophilie, revient à hurler avec les loups. D’autant plus que la notion de blasphème – ce que se veut finalement le film – n’a plus beaucoup de sens à notre époque.

Pour toutes ces raisons, Au nom du fils se révèle une vaine tentative, puisque, qu’il se veuille une dénonciation de l’Eglise ou une pantalonnade iconoclaste, il reste problématique. Si dénonciation il y a, elle frôle dangereusement le populisme, et si c’est de satire qu’il s’agit, celle-ci s’avère déplacée et éthiquement plus que douteuse. C’est finalement dans ses moments de folie pure, quand il côtoie la série B décomplexée, que le film respire le mieux, porté par l’énergie de l’actrice Astrid Whettnall en mère vengeresse. Mais même dans ces moments-là, une interrogation subsiste quand à l’idéologie de ce « revenge-movie » clérical. La fin finit de dérouter, en faisant surgir in-extremis les notions de miséricorde et de damnation, donnant en fin de compte du crédit à un système que le film s’était pourtant acharné à démolir jusqu’alors.

Thibaut Grégoire

(Au nom du fils était présenté au Festival International du Film Francophone de Namur, le samedi 29 septembre)

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3 Réponses

  1. Marlène

    « Le film oscille sans cesse entre ces deux extrêmes, en ne perdant pourtant jamais de vue son intention première : choquer le bourgeois.  »

    Face à ce film « le bourgeois » ne peut pas être choqué il ne peut que s’en amuser.,voir jubiler et jouir !!

    avril 2, 2013 à 19:59

  2. Pingback: BIFFF 2013 – Jour 11 | CAMERA OBSCURA

  3. Pingback: Au nom du fils (2012): un film pas très catholique | Évaluateur en séries... tv

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