Critique et analyse cinématographique

« Ghost Rider : Spirit of Vengeance » de Neveldine/Taylor

Après un premier opus signé Mark Steven Johnson (Daredevil) et ayant lancé la carrière parallèle de Nicolas Cage dans la série B hollywoodienne de luxe, le Ghost Rider, énième figure de proue de l’écurie Marvel, revient faire un tour de piste dans ce deuxième épisode, réalisé par le tandem Neveldine/Taylor (Crank 1 et 2) pour donner à ce super-héros de seconde zone toute la folie et tout le décalage que méritaient son acteur principal.

Ce qui frappe d’emblée, dans cet Esprit de la vengeance, c’est le second degré qu’il dégage. Cette denrée rare dans le blockbuster américain, qui faisait gravement défaut au premier Ghost Rider, est ici de presque tous les plans. Certaines digressions burlesques permettent même de répondre à des questions aussi fondamentales que « Comment survit-on à une chute dans un ravin ? », ou encore « Qu’est-ce que ça fait quand le Ghost Rider doit se soulager ? ». N’hésitant pas à mêler cet humour à une réelle expérimentation formelle, le duo de réalisateurs prouve que l’épreuve de la 3D peut servir un film, même à sa vision en 2D. En effet, la scène onirique dans laquelle le Rider se dégage sur fond blanc, ou encore les scènes animées, restent plastiquement superbes sans le relief.

Si le film étonne par son humour et ses inventions formelles, il bénéficie surtout d’un atout de taille, l’abattage d’un cabotin sublime. Avec des performances hystériques et « cartoonesques » dans des films comme Drive Angry ou celui-ci, Nicolas Cage est devenu un exemple unique d’acteur qui a choisi sa voix dans l’alternatif et y a trouvé un véritable terrain de jeu. Au fil des séries B improbables qu’il est en train d’enchaîner, il devient peu à peu le moteur et la principale raison d’exister de tout ce qu’il tourne, insufflant même aux projets qu’il porte une folie qu’ils n’auraient sans doute pas sans lui. Lors des séquences de transformations de Johnny Blaze en Ghost Rider, l’acteur donne libre cours à sa démesure et parvient encore à être intéressant à regarder, là où n’importe qui sombrerait dans le ridicule.

S’inscrivant clairement dans une mouvance actuelle d’investissement du blockbuster par la série B, Ghost Rider : Spirit of Vengeance réussit là où beaucoup se sont cassé les dents, et parvient à garder ce vent de liberté qui soufflait sur certaines séries B des années 80 ou 90, tout en trouvant un ton bien à lui – là où un Expendables 2 confond humour pachydermique et ironie, autodérision et second degré. Même le piège de l’ode à la vengeance est déjoué par une pirouette finale, transformant l’esprit de la vengeance qu’était le Rider, en esprit de la justice. C’est dire si cet atypique film d’action mérite le détour.

Thibaut Grégoire

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