Critique et analyse cinématographique

« Pater » d’Alain Cavalier

Dans Pater, Alain Cavalier raconte de  manière très originale la relation ambigüe qui se tisse entre un président et son premier ministre, et met celle-ci en parallèle avec le lien naissant entre son acteur et lui-même.

Alain Cavalier, réalisateur atypique ayant déserté les plateaux professionnels pour se consacrer à une approche plus épurée et intime du cinéma, tourne ici avec un acteur professionnel, pour la première fois depuis deux décennies. N’atténuant aucunement son style radical et personnel, Cavalier embarque avec lui Vincent Lindon dans ce voyage complètement fou. Lindon s’abandonne totalement à l’univers de son réalisateur, qui semble devenir comme un maître pour lui. L’acteur sort de son jeu et rentre dans celui de Cavalier. Il ne recule devant rien et se laisse attendrir par les facéties de son aîné, qui aime sa caméra et son acteur comme un enfant aime ses jouets. L’acteur disparaît par moment, laissant apparaître l’homme. Cet abandon de soi est particulièrement flagrant chez Lindon, qui se met à parler comme il le fait sur les plateaux de télévision, en regardant sur le côté, laissant s’exprimer son émotion et sa timidité.

Puis, peu à peu, le réel glisse vers la fiction et des rôles sont endossés. En prenant le rôle du président, Cavalier prend d’entrée  le dessus sur l’acteur, affirmant son statut d’auteur du film. Mais très vite, les choses prennent une tournure inattendue et l’élève s’apprête à dépasser le maître. Parabole sur la figure du père et sur son meurtre symbolique, Pater pose également les bonnes questions sur la politique, celles que devraient se poser les politiciens, celles qui concernent l’exercice de leurs fonctions. Contrairement à un autre film présenté à Cannes cette année (L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller, à Un Certain Regard), Pater ne fait pas dans le cynisme habituellement de mise autour de ce sujet, ni dans le spectaculaire didactique. Il est dans l’idéalisme, sans pour autant tomber dans la naïveté. Cavalier y expose posément sa vision personnelle de la politique, et la partage volontiers avec quiconque s’y reconnaîtra.

Avec ce film ludique, Alain Cavalier continue de transformer l’intime en collectif et utilise sa propre vie pour éclairer son propos (ou est-ce le contraire ?). Il semble s’adoucir quelque peu au contact de son acteur, avec lequel il forme un véritable binôme, terriblement attachant. L’humour qu’il déploie ici montre également que ce type de cinéma peut être séduisant, populaire. Il s’agit évidemment d’un film radical, mais qui ne craint pas la douceur ni l’ouverture à un plus large public.

Thibaut Grégoire

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