Critique et analyse cinématographique

« Mon pire cauchemar » d’Anne Fontaine

Pour sa troisième collaboration avec Benoît Poelvoorde, Anne Fontaine se laisse enfin emmener sur le terrain de prédilection de l’acteur : la comédie. Si Fontaine a réalisé des comédies par le passé (Augustin roi du Kung-fu, Nouvelle chance,…), elle n’avait jusqu’ici utilisé Benoît Poelvoorde, bête de comédie s’il en est, que dans des contre-emplois. Si l’on peut dire qu’Anne Fontaine emmena Poelvoorde vers un aspect à l’époque insoupçonnable de son jeu d’acteur, on peut également se rendre compte qu’il lui rend la monnaie de sa pièce avec « Mon pire cauchemar ». Point de complexe ici, il s’agit clairement et strictement d’une comédie romantique, genre populaire par excellence.

Patrick et Isabelle n’ont rien à voir l’un avec l’autre, leurs vies sont diamétralement opposés, et pourtant, une suite d’événements vont les pousser à par se rapprocher, à se trouver des points communs, et plus si affinités. Sur ce canevas typique de la « rom com », comme on a fini par l’appeler, Fontaine plie son scénario à tous les passages obligés (Ils se rencontrent, ils se détestent, ils s’apprécient, ils s’aiment, ils se séparent, ils se retrouvent.) tout en y injectant une infime dose de doute quant au « Happy End » propre au genre. Si les références vont chercher dans la comédie américaine la plus « mainstream », elle y insuffle une dimension sociale purement franco-belge, tout en restant malgré tout en surface et en s’amusant, là encore, des clichés que cela implique.

Benoît Poelvoorde et Isabelle Huppert sont utilisés pour l’image qu’ils véhiculent respectivement et pour leur capacité à jouer avec cette image. Poelvoorde endosse avec un bonheur non-dissimulé, et avec plus de conviction que jamais, le rôle de grande gueule sympathique qui lui colle à la peau, pour mieux dévoiler les failles que l’on soupçonnait bien évidemment chez le personnage. Huppert, quant à elle, s’amuse également à faire passer son personnage de la froideur, que d’aucun lui prêterait volontiers dans la vie, en folie douce et en sensibilité à fleur de peau. Comme si ces deux « monstres » s’adoucissaient au contact l’un de l’autre.

Au-delà du binôme vedette, le film en réserve plusieurs autres. Il repose d’ailleurs en grande partie sur les scènes en duo, tellement chaque « couple » fonctionne bien, chacun de son côté. La présence d’André Dussolier et de Virgine Efira au générique, en couple secondaire, comme dans toute bonne comédie romantique, permet de varier les face-à-face avec bonheur. Contre toute attente, ce sont peut-être les discussions entre les deux hommes du film qui sont les plus jubilatoires, la pudeur forcée de Dussolier s’opposant de manière hilarante à l’extravagance provocatrice de Poelvoorde.

La plus grande réussite du film, outre qu’il fasse passer un agréable moment, c’est de créer des duos d’acteurs inédits et de les faire coexister en parfait équilibre, tout en gardant le fil de son récit. Il s’agit donc d’un film d’acteurs, c’est une évidence. L’inscription du scénario dans une trame prédéfinie par des codes, ceux de la comédie romantique, permet au film de suivre son cours de manière discrète tout en permettant aux acteurs d’exprimer leur jeu plus librement, et avec un plaisir évident. Ne boudons donc pas leur plaisir et le nôtre.

Thibaut Grégoire

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